samedi 11 juillet 2009

Stress du matin


Vendredi 10 juillet – stress du matin


résumé : au moment de partir de l'auberge de jeunesse de Tulln, je ne trouve plus la clé de l'antivol du vélo. L'adrénaline monte tout à coup. je cherche partout. J'en parle à la fille de service qui me dit qu'une clé a été trouvée hier. Elle cherche la clé mais ne la trouve pas. Maintenant la pression est sur elle. Pour finir, tout s'arrange.
Tout cela a pris une bonne demi-heure dont je me serai bien passée.

Lassitude et biotope
Longues, très longues lignes droites dans l'après-midi pour s'éloigner de Vienne. Le point de fuite ne bouge pas. Ça n'avance pas, d'autant plus que les cartes de mon nouveau guide ont changé d'échelle; jusqu'à présent, elles étaient au 1:50.000, les nouvelles sont au 1:75.000. Auparavant, je me voyais avancer sur la carte, maintenant, j'ai l'impression de faire du surplace.
Selon le guide, je traverse une des régions d'Europe au biotope le plus varié, le plus riche, le plus +++. Moi, je ne vois que de l'herbe, des arbres, des marigots à n'en plus finir, une cigogne aussi.

Avec Vienne en milieu de journée, qui a été conforme à ce que j'attendais : quelques monuments tarte à la crême (à mes yeux) au milieu de plein de choses modernes qui viellissent mal.

vendredi 10 juillet 2009

Je n'aime pas le baroque

Jeudi 9 juillet – Je n'aime pas le baroque

Jean-Marc en sait quelque chose, qui m'a prêté un livre sur la musique baroque il y a plus de dix ans. Je ne l'ai toujours pas lu.

Avec l'abbaye bénédictine baroque de Melk, j'ai l'impression qu'on atteint un summum. Bien sur, cela attire des cars de touristes; tant mieux pour le commerce local.

Demain, je passe à Vienne. Je n'ai pas l'intention de m'y arrêter, si tout est de la même veine.

Ce matin, aprés une traversée en bac du fleuve, la journée a commencé avec une petite route tranquille et superbe. A mes yeux, le Danube n'est jamais aussi beau que quand il glisse ses méandres entre des collines rapprochées.

Le maïs a presque disparu; corollaire : il n'a pas plu aujourd'hui pour la première fois depuis une dizaine de jours. Par contre, j'ai traversé de nombreux vergers : abricots et pommes que l'on trouve déjà en vente, poires. Des vignes aussi sur les coteaux. Cela fera le vin le plus célèbre d'Autriche : le Wachau.

Et puis, pour clôturer la journée en beauté, à l'auberge de jeunesse de Tulln, une connexion Internet sans aucun problème. Je me demande toujours pourquoi c'est si difficile les autres fois. Aussi j'en profite un max et vous aurez beaucoup à lire et à regarder. J'espère que cela ne vous lasse pas trop.
Je fais tout cela en musique car, grâce à Deezer.com, je peux écouter les musiques que j'aime sagement rangées dans mes playlists. Quand la technique marche, c'est vraiment super !

jeudi 9 juillet 2009

D'Allemagne en Autriche

Lundi 6 juillet – le cordonnier de Mauriac (Cantal)

Je choisis mes petits pains avec graines au buffet du petit-déjeuner quand plusieurs voix me saluent : « Guten morgen ». Ça ne sonne pas juste aussi je regarde plus attentivement qui me parle. Dans les yeux des personnes, il y comme une hésitation; moi, je n'hésite pas et leur dis : « Vous, vous êtes français. »
J'ai visé juste. La conversation s'engage, et patati et patata.
Retenez de tout cela que le cordonnier de Mauriac (Cantal) est en vacances avec sa femme et leurs deux enfants. Aujourd'hui, ils allaient à Vienne. Inutile donc d'aller porter des chaussures à réparer.

Mais que cela fait du bien de parler français après 15 jours de disette.

Tête en l'air
9h22. Je tends la main pour saisir la gourde. Arghhh ! Pas de gourde. J'ai oublié mes deux gourdes dans la chambre, cruche que je suis.
Cela fait près d'une heure que je roule. Pas envie de faire demi-tour. Vu le nombre de magasin de vélos devant lesquels je passe, il ne devrait pas y avoir de problème pour trouver ce contenant indispensable pour avancer.
Effectivement, à Deggendorf, je trouve un magasin de vélos, plus grand que l'Intermarché de Méréville. Bien sur il y a des gourdes, mais à un prix un peu cher. J'hésite puis en prend une, pour ne pas rester démuni : « Un tien vaut mieux que deux tu l'auras », dit la sagesse populaire. Je fais remplir la gourde d'eau – car une gourde vide ne sert à rien - et repars. Deux cent mètres plus loin, je vois un autre magasin de vélos plus grand cette fois que le Leclerc d'Angerville, donc nettement plus grand que le précédent.
Je sais. Pour mes lecteurs qui ne connaissent ni Méréville ni Angerville, ces comparaisons ne parlent pas beaucoup; mais il leur faudra s'en contenter. Sachez qu'en France, ça n'existe pas des grandes surfaces comme celles-là, rien que pour le vélo.
Vous rendez-vous compte, un magasin plein de vélos partout, 200 ? 300 ?, et plein de vêtements de cycliste, et plein d'accessoires, des gourdes notamment, à des prix bien plus intéressants que dans celui où je viens d'acheter la première gourde.
J'y achète donc une deuxième gourde, ce qui me fait un service de gourdes dépareillé. Il faudra faire avec.

7 juillet – La Danube superbe et sauvage

Ces 100 km allant de Passau à Aschach m'ont montré un Danube superbe. Les jours précédents, je circulais plutôt dans de vastes plaines alluviales. Depuis Passau, les collines se sont resserrées autour du Danube, couvertes de forêts du sommet jusqu'au fleuve, paysage sauvage et préservé où se faufilent les routes, cachées par les arbres.
Des bacs nous permettent de passer d'une rive à l'autre.
Il a fait plutôt beau, sans pour autant faire chaud, mais vers 3 heures, la pluie est revenue. Et il pleut toujours en ce moment où je prends ces notes (18h18).

Passau, une grande ville
Selon mes critères, Passau est une grande ville. En effet,
- à la librairie, le guide que je voulais acheter existait en anglais, en un exemplaire, mais cela me suffisait.
- à la gare principale, il y avait Le Monde, le Figaro et Libération. Le Figaro, c'est pas trop mon truc. J'aurai bien pris Libé pour changer du Monde mais il y avait Marine Le Pen en première page. A l'idée d'avoir à la porter dans mes sacoches pendant quelques jours, j'ai reculé. Ce sera donc de nouveau Le Monde.

Je ne suis pas aidé
La géographie ne m'a jamais intéressé. À l'école, elle faisait partie des matières à apprendre, pas vraiment à comprendre et je n'aime pas apprendre. Depuis quelques années que je voyage un peu plus, du côté géographie, les choses s'améliorent mais encore faut-il que l'on m'aide.
Ainsi, en regardant le trajet de demain, il me semble comprendre que je suis désormais en Autriche. Où ai-je passé la frontière entre l'Allemagne et l'Autriche, je n'en sais rien; quelque part avant Passau probablement. Aucune indication, les gens parlent la même langue, on paye toujours en euros. Comment voulez-vous que je m'y retrouve ?

Mercredi 8 juillet – Mauthausen

Mauthausen est un village au bord du Danube, comme il y en a tant d'autres. Une particularité cependant : il possède sur son territoire, des carrières de granit que les Nazis voulaient exploiter pour construire leurs plus prestigieux monuments.
Quelques mois après l'annexion de l'Autriche, en Août 1938, un camp est donc créé sur la colline, au dessus du village. Les premiers travailleurs viennent alors de Dachau.
La suite, ce sont 200.000 déportés et bien plus que l'exploitation d'une carrière.

Ce qui m'a le plus surpris, c'est ce camp au vu et au sus de tous, pas quelque chose de caché au fond d'une forêt ou d'une vallée perdue. C'est aussi la modestie des moyens mis en oeuvre eu égard aux résultats obtenus : deux fours crématoires, une chambre à gaz de 3m x 3m environ. En fait, la majorité des individus mourrait des mauvais traitements, de la malnutrition.


Pendant la visite, j'ai eu droit à l'habituel orage, avec des nuages particulièrement noirs pour la circonstance.

C'est tout pour aujourd'hui.

lundi 6 juillet 2009

Orages, O rages

Samedi 4 Juillet – ULM

Super le café Internet de Ulm, sauf que, au moment où je vous envoie le message vous informant de nouveautés sur le blog, c'est Orange qui est en maintenance. Impossible donc de vous prévenir.

Le Monde
Quand je passe dans une grande ville, une chose s'impose : acheter à lire quelque chose en français. Sans lecture, je suis en manque. Le plus facile est encore d'aller au kiosque à journaux de la gare principale. Et le plus souvent, c'est le Monde que l'on trouve, ce qui n'est pas un mauvais choix car il y a de quoi faire pour quelques jours. Une seule nouvelle m'a vraiment interpellé : la mort de Mickael Jackson, pour le reste, la terre continue de (mal) tourner.
Je n'ai pas pris de livre pour ce voyage : un livre est lourd, ce ne sera sans doute pas ça que j'aurai envie de lire, je ne saurai le jeter une fois lu, ... donc j'ai fait le choix d'acheter des journaux en route.

Par curiosité, j'ai regardé dans quelques grandes librairies, celles qui sont sur plusieurs étages; je n'ai pas vu de rayon de littérature française.
Dans le même ordre d'idées, quand je visite un site touristique, il n'y a pas d'explication donnée en plusieurs langues, panneaux ou feuillets à lire ; sur ce plan de l'information du touriste, la France fait nettement mieux. A la télévision, le bouquet proposé ne comprend pas de chaînes étrangères, même pas BBC News ou CNN qui s'imposent pourtant un peu partout ailleurs dans le monde, même pas ARTE dans sa version allemande.
Je ne sais que penser de ce qui me semble être un manque d'ouverture, ... donc, en fait, je vous dis quand même ce que j'en pense.

2491,4 km
Sur la partie du Danube que je longe aujourd'hui, il y a des panneaux qui semblent indiquer la distance qu'il reste à parcourir au Danube pour arriver à la Mer noire. Il y a un panneau tous les 200 m.
Cela m'amène à regarder le chemin déjà parcouru : un peu moins de 2000 km depuis le départ avec Agnès à l'embouchure de la Loire. Je n'en suis donc pas encore à la moitié de ce périple. Pédale, Pierre, pédale.


Stress de fin de journée
Il y avait des vélos pleins les chemins en ce samedi, de nombreux groupes notamment; j'aurai du me méfier car parmi tous ces pédaleurs du week-end, certains allaient prendre hébergement sur le parcours.
Quand l'heure vient de trouver un accueil – les campings sont le plus souvent des simples aires de stationnement sans aucune commodité, et je ne n'y installe pas; il me faut ma douche – je vais dans les gesthaus ou les gesthof (je ne sais pas faire la différence) listé(e)s dans mon guide. Jusqu'à présent, cela s'était toujours bien passé, mais ce samedi, j'ai eu droit à trois refus.
J'ai donc ajouté les chambres d'hôtes à ma liste, mais là aussi « complet ».
A chaque fois, il faut se remotiver pour ajouter quelques km au compteur et atteindre le village suivant. Et je sentais la boule grossir au fond de la gorge.
Et puis enfin, il y a le « zimmer frei » la chambre libre tant espérée. OUF !

Dimanche 5 Juillet – Ce que ne disent pas les guides

Orages
Depuis deux ou trois jours, j'ai systématiquement droit à une ou plusieurs averses d'orage l'après-midi. Le ciel s'obscurcit vers midi. Le tonnerre gronde. Ça peut tomber ici ou à côté, légèrement ou en force. Si ce n'est pas trop violent, je continue ma route et me sécherai en roulant dès le retour du soleil. Mais l'orage d'hier, celui qui m'est tombé sur la tête après avoir quitté la fête médiévale à Neubourg (je ne demande ce qu'on fait les beaux costumés sur leur barque), déversait des gouttes tellement grosses et lourdes qu'elles en faisaient mal; j'ai du trouver un abris.

Aujourd'hui, une grosse averse est tombé pendant que j'étais au McDo en train d'essayer de vous envoyer mes messages, sans succès, une fois de plus à cause d'Orange. J'étais donc à l'abri, mais mes maillots et slips qui étaient sensés sécher sur le porte-bagage arrière ont eu droit à un rinçage supplémentaire.

Et quand le vélo prends une saucée, que je roule sur les chemins empierrés au milieu des flaques d'eau, le soir il me faire procéder à un bon entretien du vélo.

Ce que ne disent pas les guides ...
...c'est que cette partie de la Bavière produit du maïs, du houblon, des asperges, des pommes de terre, des betteraves, sans arrosage. Je n'ai vu aucun de ces engins que l'on trouve dans les champs français pour suppléer aux défaillances de la nature. Ici, le long du Danube, le ciel fait ce qu'il faut, généreusement, et il n'y a pas que les cultures qui en profitent. Cela n'est pas précisé dans les guides.
Mais je comprends pourquoi aussi il n'y a pas de terrain de camping comme en France, seulement des aires de stationnement pour les camping-car.

FAURECIA
A Lengfeld, je passe près d'une usine Faurecia. Les personnes concernées par Faurecia dans les destinataires de ce blog comprendront que je veuille en faire une photo. Pas de chance, batterie à plat. Enfin, la chance n'a rien à voir là dedans; il me fallait simplement recharger régulièrement la batterie.

Vous ne verrez donc pas l'usine Faurecia de Lengfeld en photo. Vous ne verrez pas non plus :
- les deux clochers de l'église de Regensburg qui apparaissent dans une courbe du Danube (reportez-vous aux photos de la Loire, Blois ou Orléans par exemple, c'est à peu près pareil)
- le Danube transformé en base nautique pour ce dimanche : hors-bords qui tracent dans tous les sens, ski nautique, canoè-kayak, ...
- le pont et la porte moyen-âge de Regensburg, trop restaurés, genre décors de carton-pate, et plein de touristes
- le ou la Walhalla, espèce de Panthéon prétentieux dominant le Danube
- une superbe lumière sur un village de l'autre côté du Danube avec ciel d'orage bien noir en arrière plan : cette photo là, je la regrette.

vendredi 3 juillet 2009

Chroniques teutonnes - 1

29 Juin – je me joue des frontières

La signalétique du chemin que je suis depuis Vevey a un peu changé et je suis paumé; les vélos sur les panneaux ne sont plus les mêmes, le fond n'est plus marron. Que se passe-t-il ?
L'explication vient quelques minutes plus tard : je suis maintenant en Autriche. Je regarde les plaques d'immatriculation des voitures qui sont effectivement différentes. Rien n'a signalé la frontière; je suis passé de Suisse en Autriche à l'insu de mon plein gré.
Pour le déjeuner, je fais mes achats en Autriche; il me faut donc ressortir les euros.
Je rentrerai cependant en Suisse pour déjeuner, à Rorschach, devant le Bodensee, le lac de Constance, bien calme et embrumé. De Rorschach, rien à dire, nous sommes en Suisse, donc, pas une tâche. (J'attire votre attention sur la phrase précédente qui contient une astuce : rorschach / tâche, ça ne vous rappelle rien ?.)

Je continue ma route vers Constance. On ne voit quasiment rien du lac; par contre, la voie ferrée que nous longeons, croisons et recroisons n'a plus de secret pour moi.

Camping quelques km avant Constance, en Suisse donc. Je vais faire quelques achats en ville, et me retrouve, devinez où, mais en Allemagne pardi !
Je ressors donc mon porte-monnaie euros pour payer les nouvelles cartes qui me sont nécessaires, l'une pour rejoindre le Danube, l'autre pour descendre le Danube (partie 1, jusqu'à Passau). Et je retourne en Suisse où j'ai planté la tente.

Bravo la Suisse
Je tire mon chapeau à ceux qui ont réalisé le circuit que j'ai fais : signalétique et balisage parfaits, guide exactement comme il faut; les français pourraient en prendre de la graine. Visiblement, il y a une culture vélo que nous n'avons pas.

Parler allemand
En Suisse allemande, ils parlent allemand, c'est normal. Je me suis donc mis à l'allemand.
Bonjour se dit « guten tag » ou plus brièvement « tag » ou quelque chose qui lui ressemble. Mais selon le coin de Suisse, ça peut être aussi « guten morgen » ou « morgen »; il faut tester et être attentif. Parfois, ce n'était ni tag, ni morgen; mais une espèce de grognement, pas toujours le même, mais toujours incompréhensible. Idiome local ?
Et puis il y a « Bitte », « s'il vous plait », que j'utilise pour demander un renseignement à quelqu'un.
Pour dire « Au revoir », « auf wiedersehen » bien sur: prononcez simplement « zen », ça suffit amplement.
Ne pas oublier « wonderbar » « merveilleux », ça se place facilement et ça fait toujours plaisir.
Et enfin, « danke schön » ou simplement « danke ».

Muni de ce vocabulaire de base, on peut paraître comme un homme civilisé et s'adresser aux autochtones dans de bonnes conditions mais sans néanmoins présager du résultat.
Encore ce matin, je doublais toute une famille qui pédalait devant moi: quelques coups de sonnette; tout le monde se range. Bien sur, je remercie : « danke »: « bon giorno, preggo » me répond la dame.
La vie est parfois dure aux bonnes volontés.

30 juin – Fini la Suisse, bonjour l'Allemagne

Je ne suis pas encore sorti de Constance (en Allemagne donc, je vois que vous suivez attentivement), que je vois un homme uriner contre un arbre. Je suis sauvé. Gott mit uns, sans doute, mais sans son oeil inquisiteur.

De profil et de face
Photo de deux statues, de profil et de face; pour la première, la femme à l'entrée du port de Constance, je n'ai pas eu à bouger car elle pivote sur elle-même, balayant ainsi tout le lac en quelques minutes. Pour la seconde, je l'ai découverte de profil et avouez que la position est un peu ambigüe. Il faut regarder la statue de face pour comprendre que le Léopold en question tient un document roulé dans la main.

La presqu'ïle de Reichenau
Tout d'abord, l'église St Georges, avec ses vieilles peintures relatant l'histoire de la bible, et en super bonus, un élève qui joue de l'orgue sous la conduite de son professeur. Quelle agréable façon pour moi de commencer la journée.

Un peu plus loin, ce sera un monastère inscrit à l'inventaire de l'UNESCO.

Et puis je descends vers le petit port. Dix minutes d'attente et une navette pointe sa proue. Hop, j'embarque. Et là, vraiment, je découvre le lac de Constance en passant d'un village à l'autre. Longer le lac en vélo ou en voiture présente peu d'intérêt. Voir les paysages de rive depuis le lac, en bateau, ou en ski nautique pour les plus sportifs, est bien plus plaisant.

Gilet de sécurité
Je l'avais sur le dos depuis le départ, jaune fluo bien visible avec bandes réfléchissantes, et cela nous rassurait, Agnès et moi.
Je l'ai gardé en Suisse, mais comme je ne circule pratiquement plus qu'en site propre, donc sans voiture, qu'il y a plein de cyclistes partout, et qu'à plusieurs reprises, on m'a demandé où était les WC dame, à quel endroit on pouvait se baigner dans le lac, et d'autres choses encore que je n'ai pas comprises, je l'ai rangé pour ne plus être pris pour l'employé communal de service.

Le Danube
C'est à Tuttlingen que je l'ai rejoint. Comme à ce niveau le Danube n'a parcouru que 37 km, il n'est pas encore très impressionnant. Prenant sa source à 770m environ, et s'écoulant sur 2.800km, le Danube est du genre placide.
Pourtant notre première rencontre fut orageuse. Le guide acheté hier indiquait la présence d'un camping. Tout faux. Pas de camping.
Je consulte le guide à nouveau : 5km en remontant le Danube, le guide indique une auberge de jeunesse; j'y vais. Pas d'auberge.
Je ne sais plus trop quoi tenter. Je sais qu'à Tuttlingen, il y a des hôtels mais je ne souhaite pas en abuser car le budget en prend un coup à chaque fois.
Des grondements de tonnerre et un ciel bien gris emportent la décision. Je repars à Tuttlingen où je trouve une Gesthof pas trop chère, juste au moment où la pluie se met à tomber.
S'il y avait eu un camping, la tente aurait été montée et douchée pour la nuit.

PS pour les aficionados de St Jacques : Tuttlingen est aussi balisé de coquilles.

Trouver une épicerie
En Suisse, tout allait bien. Avec les COOP, les Migros et les SPAR, facilement repérables et toujours en centre ville, je n'ai jamais eu de soucis.
Pour cette première journée allemande, ce fut moins simple. Je n'ai pas encore trouvé l'enseigne qui me conviendra. Je suis déjà entré dans différents magasins pour en ressortir les mains vides. Le centre ville est phagocyté par les marchands de mobiles, les drogueries - beaucoup de drogueries me semble-t-il -, les produits de beauté, les kebabs et Quick en tout genre, mais de petits commerces alimentaires, nenni.
Fin de journée un peu speed.

J'ai quand même fini par trouver une grande surface, en cherchant mon hébergement du soir.
Et là, autre surprise, la disposition des rayons est complètement différente de celle que nous avons en France. Pourtant je croyais que ce genre de chose avait fait l'objet de nombreuses études de marketing démontrant qu'il fallait que les boissons soient ici et le fromage là, sur le parcours du client. A croire que les Allemands ne consomment pas comme les Français.
En parlant de fromages, pratiquement tous les noms sont français mais inconnus chez nous.
Dernières incertitudes : il me faut me refaire à de nouvelles marques, tester de nouveaux produits dont l'étiquette, en allemand, n'est pas toujours explicite pour moi. Alors, c'est la surprise à la dégustation.

1er juillet – Sigmaringen

Montagnes russes
Si le Danube dessine tranquillement ses pleins et ses déliés dans un plan quasi horizontal, le cycliste lui, pédale dans un plan perpendiculaire à celui du Danube, plein de creux et de bosses, du genre montagnes russes.
A propos, il me faut venir en Allemagne pour me poser la question de l'origine de l'expression « montagnes russes ». Quelqu'un a-t-il la réponse ?

Sigmaringen
J'ai déjeuné à Sigmaringen. Ce nom ne m'est pas inconnu mais j'ai cherché toute le matinée à quoi le rattacher. En plus de géodes et de lacunes dans les os, j'ai des trous de mémoire. Les hypothèses qui me sont passées par la tête :
- une chanson de Barbara
- un camp de concentration
- un film de Resnais
- le nid d'aigle de Hitler
- le château des Hohenzollern
- un film avec Sissi Impératrice

2 juillet – en route vers Ulm

Leçon de vélo
Je sors juste de Reidlingen où j'ai passé la nuit. Sur une aire visiblement destinée à cet usage, il y a un tracé de circuit dessiné au sol, des jeunes enfants sont alignés, prêts à partir au commandement. Voilà qui est fait. Ils se mettent à circuler en respectant les consignes.
Je prends une, puis deux photos, toujours surpris de l'importance de la culture vélo hors de France.
Un officier m'a vu et s'approche.
Lui : « Morgen »
Moi : « Morgen , wunderbar ! » (merveilleux, dont j'ai dit plus haut qu'il était toujours du meilleurs effet).
Lui, tout réjoui : « ........ (mettre ici une longue phrase en allemand dont vous comprenez que je ne la comprends pas) ... »
Moi : « ya, ya »
Lui : « .................. Donauweg (la route du Danube) ............ «
Moi : « ya, ya , ... wiedersehen, tchuss** »
Lui : « Bitte schön »
Et voilà notre homme le plus heureux de la terre.

** tchuss, je l'ai appris sur ARTE; c'est ce que dit le présentateur des infos de 19h45 à la fin de son journal. Depuis hier, je l'entends beaucoup (les vendeuses dans les supérettes par exemple), aussi, je l'utilise.

Dilemme
Je file à plus de 50 à l'heure dans une descente facile. Sur la droite défilent des cerisiers pleins de gros fruits noirs. Arghhh ! Que choisir ? La griserie de la vitesse, les plaisirs du palais. C'est le matin, des cerisiers, il y en aura peut-être d'autres.
Il n'y en a pas eu d'autres, mais quelle descente !

3 juillet – HOTSPOT à ULM

C'est bien attablé à la terrasse d'un café de ULM que je lis vos messages, y répond, et met à jour le blog. Attention, ULM est une grande ville allemande et non un de ces engins ultra-léger qui vole en pétaradant.


Hier, je suis passé à l'Office de tourisme qui m'a communiquer la liste de tous les points de branchement WiFi de la ville (hotspot). Le 1er auquel je tente de me connecter ce matin fonctionne à merveille, pour le prix d'un expresso.

Surtout, ne pas confondre café et expresso : l'expresso, c'est du café. Le café lui, c'est ce que dans le Nord (de la France), on appelle d'el chirloute, du jus d'cochette, quoi, comme on disait peut-être dans Les Ch'tis, de la lavasse, de la bibine, même qu'on voit le fond de la tasse pleine.

Au vu de vos messages, il semble qu'il fasse chaud en France. Ici, c'est supportable, même si les deux 1ères heures de pédalage sont les meilleures; j'y reviendrai dans une autre chronique. L'après-midi, c'est entre 25° et 30°.

Tchüss

dimanche 28 juin 2009

Chroniques suisses

Pour illustrer ces chroniques suisses, j'ai choisi l'image de cette vieille dame, assise sur son banc face au lac des quatre cantons. Telle que j'ai cru la deviner, la vie au bord d'un lac a un ton particulier, où dominent la paisibilité, la sérénité.

24 Juin – Faute d'inattention

Erreur classique au départ, le matin, quand l'esprit n'est pas encore bien affûté : prendre le chemin dans le mauvais sens. Je m'offre le luxe bien inutile de 328 m de montée sur 8 km. Sans échauffement, c'est un peu rude; surtout que dans les passages à plus de 10%, il me faut pousser le vélo.Dans l'après-midi, j'arrive à Interlaken, une de ces villes qui avait déjà tout compris au tourisme il y a plus d'un siècle. Beaucoup d'asiatiques, de marcheurs, de vieux (de plus vieux que moi) et de grosses voitures.Pour moi, la météo l'autorisant, ce sera camping.

25 Juin – Bon anniversaire
Les lacs se suivent : Thoune, Brienzer, Lungerer, Sarner, encadrés de hautes montagnes, parfois bien enneigées comme la Jungfrau, l'occasion de quelques photos.
Pour franchir le col du Brunig, le train se fait à crémaillère; je dois me contenter de mes jambes habituelles, pédalant-poussant, un peu légères dans cette grimpette qui n'en finit pas, à la vitesse à laquelle je progresse.
Pour me redonner du coeur à l'ouvrage, mais aussi pour fêter mon anniversaire et parce que le ciel se fait menaçant, je me paye un bon hôtel, avec sauna et caldarium.

Au menu du soir
Grilliertes Gemüse mit Pinienkernen
Italienische Gemüsesuppe
Gebratenes Rotbarschfiletin
ZitronbutterSalkartoffelnGemüse vom Markt
Quarkmousse mit Erdbeeren

A la serveuse dont je crois comprendre qu'elle me demande si cela me convient, je réponds 'ya', bien sur.
Le quarkmousse, au dessert, j'en ai déjà dégusté plusieurs, c'est un peu comme le cheesecake en Irlande : il y en a des délicieux et il y en a qui ont le goût de savon; celui d'hier était acceptable.

26 juin –Etape de transition
Pas grand chose à dire pour cette journée de vélo :
- le lac des quatre cantons était dans la brume.
- Lucerne bien sur, avec son pont tout en bois, mais tout le monde le connaît, au moins en photo.
- La photo où passe le vélo couché : je préparais le cadrage de ce superbe aménagement de voies cyclistes quand est arrivé le vélo couché; j'ai donc attendu qu'il soit dans le champ pour prendre la photo. Heureux hasard car c'est le seul vélo couché que j'ai croisé en Suisse.
- Le forcing qu'il m'a fallu faire pour arriver avant le gros orage qui me coursait derrière depuis un moment; j'ai décalé l'heure du déjeuner et fonçé ... pour arriver à l'abri à Zug en même temps que les premières gouttes d'un beau déluge.

De Zug où j'ai dormi, je retiendrai deux choses :
- le marché aux cerises, éh oui, un marché – pas bien grand, il est vrai – complètement consacré à la cerise et à ses dérivés, pâtisserie, liqueurs, confitures, ... un pays de rêve, je vous dis.
- La jeunesse que je croise, le soir, pour ma promenade digestive le long du lac. Garçons et filles déambulent ou discutent, assis sur un banc, avec une canette à la main, voire même un pack de bière, quand il ne s'agit pas d'alcool plus fort. Cela me laisse une drôle d'impression, dans ce pays où tout est clean dans la journée, où même l'herbe sait qu'elle doit s'arrêter de pousser là où commence l'asphalte.


27 juin - L´oeil était dans la tombe ...
Il y a deux ou trois jours, j'ai vu un panneau indicateur avertissant de la présence de radar, panneau sur lequel un gros oeil scrutait une voiture sous lui – on voyait des rayons partir de l'oeil - désolé, je n'ai pas pris la photo.
En Suisse, j'ai parfois l'impression que cet oeil me surveille aussi. Quand je cueille quelques cerises, par exemple, chose qu'avec Agnès, nous faisions le plus naturellement du monde en France, dès qu'une branche dépassait un temps soit peu d'une clôture, et sans aucune vergogne quand il n'y avait pas de clôture. Autre exemple plus trivial : quand il me faut faire pipi. Autant, en France, le moindre arbre, la moindre haie suffisent à mon bonheur, autant en Suisse, rien que le fait d'y penser me semble incongru. Peut-être les Suisses n'ont-ils pas de prostate ? Et traverser en dehors des passages piétons, vous n'y songeriez quand même pas ?

A part ça, ce fut ma plus mauvaise journée depuis le début; de l'eau en abondance !

28 Juin – Le dimanche, je pense
Je pense à mes amis du vélo qui doivent faire leur sortie matinale et dominicale; j'espère qu'Agnès les a rejoints.
Et puis, quand il me faut pousser le vélo, je pense à Janine.
Et quand j'ai un petit élancement au genou, je pense à Nathalie (et je change de pignon aussitôt)
Et quand je passe à Einsiedeln, je pense à Denise
Et quand je vois un cycliste en jaune, je pense à Pierre-Yves
Et quand je vois l'hôtel Rössli, je pense au Mannerchor de StreffisbourgEt quand je vois un beau paysage, ou que j'ai passé une difficulté, je cherche la main d'Agnès.

Sondage réalisé ce 28 juin sur la population suisse vue de mon vélo.
Le dimanche, les Suisses pratiquent – dans l'ordre – le vélo, le patinage (roller), le jogging, la marche (avec bâtons), la planche à voile, la plongée, le cheval, la varappe, le saut en parachute.

Faut-il que je vous aime ! Pour me connecter à Internet qui me fait défaut depuis quelques jours, je suis allé prendre une consommation dans un McDo. Tout routard sait qu'internet est gratuit dans un McDO. Une surprise, le café était le meilleurs de ceux pris en Suisse, et le moins cher. Une autre surprise, pour se connecter, la procédure est telle qu'il faut un téléphone portable pour recevoir un code. Désolé, je n'ai toujours pas de portable.

Et merci pour vos messages d'encouragement amicaux.

mardi 23 juin 2009

Quand la bise fut venue

21 Juin - Séparation
C'est aujourd'hui qu'Agnès reprend le train.
45 km pour rejoindre Lausanne et le TGV qui, en trois heures, la conduira à Paris.
Mais avant cela, les bords du lac Léman. Encore de nouveaux paysages, de nouvelles perspectives, toujours des cerisiers, et toujours autant de plaisir à pédaler, même pour une dernière matinée ensemble qui aurait pu être plombée.
Agnès aura fait, depuis l'embouchure de la Loire : 1.551 km et environ 8.885 m de montée ! Elle a droit à vos félicitations.


Heureusement pour mon moral, le soir même, je suis chez « les petits Suisses », Eric et Loren, rencontrés il y a sept ans sur le chemin de Compostelle.
Avec Eric, nous regardons les possibilités de relier Vevey au Danube. Il se trouve que la route des lacs, itinéraire balisé de La Suisse à vélo, correspond à mon trajet et recueille l'approbation d'Eric quant à la qualité touristique. Ce sera donc la route des lacs : 497 km dont 50 de chemin, 3890 m de dénivelé pour rejoindre le lac de Konstanz, « voyage à travers la Suisse version carte postale » annonce le guide officiel de l'itinéraire.



22 & 23 Juin – Quand la bise fut venue

La bise, chez nos amis suisses, désigne un vent froid qui descend des Alpes. Il fait le bonheur des surfeurs sur le lac Léman, mais ralentit sensiblement la progression des cyclistes qui l'ont de face, et qui n'ont pas chaud.

Le chemin me conduit vers les plateaux de Gruyère. Région de pâturages, le premier ramassage des foins est terminé et le paysage a les allures d'un immense golf bien entretenu.
« La Suisse version carte postale » disait la pub, mais une autre image m'est venue à l'esprit, celle d'une Suisse d'opérette où tout est un peu sur-joué : trop beau, trop bien léché, trop nickel, comme un décor un peu kitch; et encore, le soleil est absent.

Le soir, je serai accueilli par Didier et Nathalie, avec Lina (2 ans) et Léo (1 an), un beau palmarès de cyclistes à leur actif et des projets pleins la tête pour après ... quand l'aménagement de la maison et l'arrivée du troisième permettront un peu plus de liberté. Soirée « en famille » tout ce qu'il y a de plus sympathique.
Charme des rencontres, mais chaque matin, il faut se séparer. Et avec l'âge, je supporte de moins en moins bien ses séparations, l'impression de laisser une bribe de soi à chaque endroit.

Passage par Gstaad; pas vu notre Johnny national; j'ai déjeuné très prolétairement sur la place principale, entre une banque et une boutique Patek face au Rialto, d'un bout de pain et d'une boite de filets de maquereau à la sauce tomate. Gstaad, sous la bise et avec quelques rares touristes frigorifiés, est triste.

Désormais, la langue allemande a remplacé la langue française.
Aussi, auf wiedersehen.